Tlata zahoua ou mraha poême – traduction française

Tlata zahoua ou mraha
Behaouahoum mani sahi
Rkoub elkhil ou elbnat
Ou kissane erraha…

II est trois passions et voluptés.
De leur amour je ne suis jamais rassasié:
Le cheval, les femmes
Et les verres d’oubli…

Achqi fezzinn ennsaha
Ghiouanou zad djrahi
Ou sbabi ya ia ahal lehaoua
Zinat eddououah.

Mon amour est pour la beauté puissante.
Ses douleurs ont élargi ma plaie.
Et la cause, ô assemblée des amoureux,
Ce sont ces beautés qui brillent!


Iommenn hatfou bennsaha
Djaou izourou merkahi
Sabouni menn liât elhaoua
Sekrann bla raha.


Un jour, elles sont arrivées a l’improviste,
   avec un air provocateur,
Elles sont venues visiter ma demeure,
Elles m’ont trouvé de la brûlure de l’amour
Saoûl sans liqueur.

Qoultlhoum sebt erraha
Behaouakoum tab frahi
Ellila asidi nredrou
Kissann erraha.

Je leur ai dit: J’ai trouvé mon repos.
Par votre amour ma joie est à l’extrême.
Ce soir, nous ferons déborder
Les verres d’oubli…

Tlata zahoua ou mraha
Behaouahoum mani sahi

II est trois passions et voluptés.
De leur amour je ne suis jamais rassasié:

Tabet essigha ou ltah essqam
Ya sâd menn saâd sâdou
Ou blegh fel monna qesdou
Rebbi bennser ouddou.

 La musique s’est élevée et mes souffrances
se sont apaisées…
 O la chance de l’homme qui arrive à posséder
la femme de sa Destinée !
 Et qui s’épanouit dans la fête de ses désirs
satisfaits!
Dieu l’a rendu victorieux!

Ibat fel bsat mselli fi raha
Ma isha menn el mouahi
Hatta iâfou khalqi
Djououad ou Semmah.

Il passe ses soirees sur des tapis, dans la
béatitude du repos,
11 ne cesse de s’enivrer de liqueurs,
Jusqu’a ce que Dieu le reveille,
Dieu le Fort et le Miséricordieux.

Tlata zahoua ou mraha
Behaouahoum mani sahi

II est trois passions et voluptés.
De leur amour je ne suis jamais rassasié…

Rkoub elkhil srâta ou kious meunn elmdam
Ou bnate elhaoua ou elhal
Ou eloualâte bel qemsal.
Hadi Idik tqoul ghzal.

Oh! monter les chevaux rapides! Oh! les
verres pleins de liqueurs!
Et les femmes de l’amour et du bonheur,
Les passionnées des vases de fleurs!
Celle-ci à celle-là dit: gazelle!

Ala khdoudhoum iaqouta ouddaha
Ou elqmer fi lilat ouahi
Ouella chems eddha
Taget âla elbitah.

Sur leurs joues, des diamants lumineux-,
Et la lune dans son premier soir,
Ou le soleil à son coucllant
Qui s’étend sur les terrasses

Tlata zahoua ou mraha
Behaouahoum mani sahi

II est trois passions et voluptés.
De leur amour je ne suis jamais rassasié…

Lebnat kal araïs idderdjou fel khiam
Lebsou chhal memm tidjann
Idderdjou kem elghizlann
Ferriad seltni meziann.

 Les femmes, comme des mariées, s’alignent
en gradins dans la maison.
Elles ont revêtu combien de diadèmes?
Elles s’alignent en gradins comme des ga-
zelles,
Dans un jardin magnifique comme un jardin
de sultan.

Fi qebt ennser itbekhtrou bennsaha
Ou elâdra zahou elmahi
Touget bezzin ou lebha
Ann saïr elmlah.

Sous ce dôme victorieux, elles s’amusent,
provocatrices
La plus puissante est la joie de ma vue.
Elle est forte de sa beauteé et de sa prestance,
Elle a triomphé de toutes les beautes.

Tlata zahoua ou mraha
Behaouahoum mani sahi

II est trois passions et voluptés.
De leur amour je ne suis jamais rassasié…

Houmann ennzaïah eddennïa ma fiha klam
Houm essrour ou essilouane
Houm lebnat ou elkissann
Oueddif binhoum soultan.

Ce sont elles qui égaient le monde,
Ce sont elles, la joie et le bonheur,
Ce sont les femmes, et les verres,
Et l’hôte parmi elles est un sultan !

E1òud ou errabab idjaoueb befsaha
Ou elmaïa ou elgebbahi
Tesma heuss lettiar
Fouq mnaber ledouah

La guitare et le rabab se repondent avec har-
monie,
Le « maïa »  et le « gebbahi »  (l);
On entend le chant des oiseaux
Sur les autels dans la verdure.

Tlata zahoua ou mraha
Behaouahoum mani sahi

II est trois passions et voluptés.
De leur amour je ne suis jamais rassasié…

Chefna meunn zhaou ou nzaïah chella inqamou
Mada chrebna meunn kissann
Mada âcheqna meunn hissann
Ou mada gherna meunn fersann.

Nous avons eu des ivresses et des instants de
volupte inestimables,
Combien n’avons-nous pas bu de verres,
Combien n’avons-nous pas aime de beautés,
Combien n’avons-nous pas combattu de ca
valiers?

Ioum mchalia khiouli teffaha
Rakeb ôudi ou slahi
Ou bnat elhaï ka tbaïali
Meun elbitah.

Le jour de la bataille, il y avait des chevaux
fringants.
J’étais monté sur mon cheval, mes armes au
vent,
Et les filles de Dieu rne saluaient toutes
De leurs terrasses ..


Tlata zahoua ou mraha
Behaouahoum mani sahi

II est trois passions et voluptés.
De leur amour je ne suis jamais rassasié…

Ou ghramhoum fi hchaïa daïrni mqam
Andi chahoudou tedri
Djich elghram daïr bih
Ou anaya ît ma nekhfih

Leur passion a assiége mon coeur comme une
citadelle.
J’ai des témoins qui pourraient vous le
dire.
Ils sont une armée de voluptueux autour de
moi
Et moi je me suis fatigué a cacher ma passion.

Lakinn sal nass elmâna ou fsaha
Iourriouek ânn tefsahi
Hada ouegt lemledà
Djedd bghir mzah

Demandez aux gens experts et qui savent,
lls vous montreront ce que je sens.
C’est le bonheur suprême,
Cela est vrai et sans mensonge.

Tlata zahoua ou mraha
Behaouahoum mani sahi

II est trois passions et voluptés.
De leur amour je ne suis jamais rassasié…

Hafed elmâni khoud triz enndam
Ghenni ou goulha bedjhar
Gal lefsih Ben Omar
Tergi ou sahab eliedmar

O toi qui retiens le sens, prends la broderie
de la poesie,
Chante et dis-la avec clarté,
A dit le poète Ben Omar,
Le droit et l’ami de la verite

Hadi mrouti ma nerda begbaha
Ouella nâmel ghir slahi
Amel tkali fel krim elghani elfettah…

Adresse-toi à ma bonté, je ne consentirai à
 rien par la force,
Ou je ne ferai que ce qui pourrait me convenir.
Mets ton espoir en Dieu, Celui qui donne,
Celui qi réjouit…

Tlata Zahwa Wa Mraha




Achqi fi zin ensaha 
Ghiouanou zad djrahi 
Ou sbabi ya ahal el hawa 
Zinat edduwah.

Mon amour est à la beauté inoubliable
Ses douleurs ont élargi ma plaie
Et la cause, ô gens d’amour
sont ces beautés éblouissantes


Lyumen hadfou bensaha
Jawu izourou merkahi
Sabouni men lirt elhaoua
Neswa bla raha


Un jour, elles sont arrivées provocantes
visiter ma demeure,
Elles m’ont trouvé brulé par l’amour
Exalté sans alcool


Qoultlhoum sebt erraha
Behaouakoum tab efrahi
Aji ya walfi nredrou shi
Kissann almah


Je leur ai dit : J’ai trouvé mon repos
Votre amour explique ma joie
Viens mon amante, allons nous ennivrer
des verres du plaisir

Tlata zahoua ou mraha
Behaouahoum mani sahi
Rkoub elkhil ou elbnat
Ou kissane erraha…

II existe trois passions et voluptés.
De leur amour je ne suis jamais rassasié:
Le cheval, les femmes
Et les verres d’oubli…


bihum Tabet essigha ou ltah essqam
Ya sâd menn saâd sâdou
Ou blegh fel mona qesdou
Rebbi bennser ouddou.

Avec La musique mes souffrances se sont apaisées
O chanceux l’homme qui arrive à posséder sa Destinée
Et qui s’épanouit dans la fête, ses désirs satisfaits!
Dieu l’a rendu victorieux!


Ibat fel bsat mselli fi raha
Ma isha menn el mouahi
Hatta iâfou khalqi
Jawad ou Semmah.

Alongé sur des tapis confortable
Il ne cesse de s’enivrer de liqueurs,
Jusqu’a ce que Dieu le reveille,
Bienveillant et Miséricordieux.


Tlata zahoua ou mraha
Behaouahoum mani sahi
Rkoub elkhil ou elbnat
Ou kissane erraha…

II existe trois passions et voluptés.
De leur amour je ne suis jamais rassasié:
Le cheval, les femmes
Et les verres d’oubli…

Rkoub el sarâta alfuja w almaqam
Ou bnate elhaoua ou elhal
Eloualâte bel qemsal.
Hadi Idik kan qoul ghzal.


Monter des chevaux rapides
Et les femmes de l’amour et du bonheur,


Ala khdoudhoum iaqouta ouddaha
Ou elqmer fi lilat wahi
Ouella chems eddha
Taget âla elbitah.

Sur leurs joues, des diamants lumineux-,
Et la lune dans son premier soir,
Ou le soleil coucllant
Qui s’étend sur les terrasses




Conte Algérie – La Belle du pays de Wâkwâk

Un riche marchant mouru, laissant un fils unique. Il était beau, bon cavalier mais terriblement arrogant.

Un jour il bouscula la sorcière Settoute, furieuse elle lui lança :

-Pour qui te prends-tu ? Pour celui qui épousera la Belle de Wâkwâk ?

Ignorant qui était cette femme, il en fut tout de même bouleversé. Il perdit l’appétit et tomba malade. Il demanda à sa mère de préparer le berkoukes et d’inviter Settoute à partager son repas avec lui. Ce fut aussitôt fait.

Le gros couscous fumait et paraissait succulent. Settoute fut la première à tendre le bras pour se servir. Mais à ce moment là, l’homme l’attrapa par le poignet et le plongea dans le bouillon bouillant.

-Dis-moi qui est la belle de Wâkwâk et comment la trouver ?

-C’est une jeune femme d’un monde étranger et dangereux. Elle est la plus jeune des sept soeurs. Elles se vêtissent de robes de plumes et peuvent voler comme des oiseaux. La plus jeune est plus belle que la lune et si tu veux l’avoir tu dois lui prendre sa robe quand elle se baignera sans la rivière de Wâkwâk. Tu trouveras le pays facilement, mais tu ne pourras jamais revenir.

L’homme qui retrouva ses forces, se préparait déjà au voyage. Il enfourcha son cheval et alla de village en village, de pays en pays. Et après mille dangers, il se trouva finalement au pays de Wâkwâk. Il resta des jours près de la rivières jusqu’à entendre le bruit des battements des ailes des belles de Wâkwâk.

Il se cacha et vit les sept soeurs se poser, se dévêtir avant de plonger dans l’eau. L’homme resta un instant à les observer, subjugué par tant de beauté. La plus jeune était en effet d’une incomparable beauté. Il se faufilla jusqu’aux robes de plumes, s’empara de celle de la plus jeune et se cacha dans les buissons.

La baignade terminée, les soeurs revêtirent leur précieux habits et s’envolèrent l’une après l’autre… sauf la dernière qui ne trouvait pas sa robe.

Elle pleura et cria ses soeurs qui ne pouvaient rien pour elle. Elle se tut en entendant la voix d’un homme lui dire :

-Ô créature, ne crains rien, je ne te veux aucun mal. J’ai risqué mille dangers pour te retrouver. Je veux t’épouser voilà pourquoi j’ai pris ta robe.

-Par pitié, il s’agit de mon âme, je ferai ce que tu veux mais ne détruit pas ma robe.

Il en fit le serment, en échange la dernière soeur fut contrainte de l’épouser et de quitter son pays pour celui de son mari. La belle de Wâkwâk ne vit pas grand chose de son nouveau pays, elle était prisonnière dans la maison de son mari qui craignait que quelqu’un ne la voit.

L’homme cacha sa robe dans une chambre secrète, seule sa mère connaissait son secret et avait mission de garder la femme cachée de tous.

La belle de Wâkwâk n’oublia jamais son pays. Et quand son époux dut s’absenter pour un long voyage, elle en profita pour demander à sa belle-mère de pouvoir aller au hammam. La vieille cèda car elle ne voyait pas le mal à aller prendre un bain entre femmes.

Mais même les femmes ont des yeux et tout le monde fut bientôt au courrant qu’une extraordinaire beauté avait épousé le marchant. La curiosité du sultan en personne fut piquée, il désirait la voir. C’est comme ça que la belle se retrouva bientôt au palais.

L’apercevant, le sultan en perdit ses mots, mais la femme pris la parole :

-Si tu désires me voir dans toute ma splendeur, demande à tes hommes de retrouver ma robe de plumes, tu ne seras pas déçu, Ô grand roi.

Le sultan en donna l’ordre et l’habit fut rapidement retrouvé. La belle de Wâkwâk enfila finalement sa robe et après quelques pas gracieux en direction de la fenêtre s’envola retrouver les siens.

Nombreux furent les hommes à risquer leur vie pour revoir la belle de Wâkwâk, mais jamais ils ne trouvèrent le pays ni les soeurs.

Légende Kabyle – Le Soleil dans l’écuelle

«Amachahou rebbi ats iselhou Ats ighzif anechth ousarou» (Ecoutez, que je vous conte une histoire, Dieu fasse qu’elle soit belle, longue et se déroule comme un long fil).

A force d’enchantement, une sorcière a fait tomber dans son écuelle (Thavaqith is) la lune (ayour) pour faire des sortilèges. Encouragée par ce premier exploit, elle s’est attaquée ensuite au soleil (itij), mal lui en prit. Si l’opération de descente de la lune s’est passée sans incident, ce n’était pas le cas lors de la descente du soleil où soudainement le jour s’est transformé en nuit.
Ce jour-là, elle a pris sa faucille (Amg’er) et a commencé à battre frénétiquement de l’eau versée dans un grand plat. L’émulsion produit des bulles, qui montent vers le ciel en myriades. La quantité produite est tellement considérable qu’en quelques instants le soleil est obscurci. Il rapétisse, rapétisse, jusqu’à devenir une petite boule qui tombe dans le plat de la vieille. Privés de la clarté du jour, les ténèbres s’emparent du monde, les premiers êtres humains qui ont assisté au phénomène sont affolés.
Ils courent dans tous les sens car surpris. Ceux qui connaissent les dons de sorcière de la vieille, viennent la voir et lui demandent d’utiliser ses pouvoirs magiques pour remettre le soleil à sa place. Elle essaye mais en vain. Les gens se rassemblent autour d’elle, la soupçonnant, ils se font de plus en plus menaçants. Ils s’approchent d’elle, torches à la main pour la brûler vive dans sa chaumière, afin, que peut-être le soleil reprenne sa place. Apeurée, sentant sa mort proche, elle invoque Dieu :
“Oh ya rebbi aâzizen
Ghelt’agh elghelt’a moqren
Itij illan d’eg g’enni
id itsaken t’ia imedden
Sah’argas-s ighlid d’ayen
Vghan ay inghen elghachi”
(Oh, mon Dieu !
J’ai fait une grande erreur
Le soleil qui était aux cieux
Qui donnait la clarté
Je l’ai fait tomber
Les gens veulent me tuer)
Dieu, courroucé, lui dit :
“It’ij our itsoughal s-ig’enni
Ama ouzlen id’amen
id’ame memmi-m aâzizen”
(Le soleil ne retournera au ciel,
qu’après que tu aies sacrifié ton fils bien-aimé.)
“C’est le prix à payer.”
Acculée la vieille souricière accepte le sacrifice demandé. Ce fut-là, le premier sacrifice humain du monde. Une fois l’enfant sacrifié, le soleil reprend sa place dans le ciel et brille, depuis, au firmament.
Ce sacrifice a eu un effet dissuasif sur toutes les sorcières à venir, si l’envie de faire tomber le soleil ou la lune dans leurs écuelles leur prend. Elles réfléchiront à deux fois, car automatiquement elles perdront leurs enfants.
La menace divine ayant porté ses fruits, aucune sorcière n’a pu faire descendre sur terre, ni le soleil ni la lune. Les plus hardies ne réussissent qu’à provoquer cycliquement des éclipses (Afsakh G-itij) sans aucune conséquence sur les êtres vivants sur terre. Heureusement pour nous.
Our kefount eth h’oudjay inou our kefoun ir den ts emz’ine as n-elaid an en etch ak’ soum ts h’emz’ ine ama n g’a thiouenz’ iz’ ine».
(Mes contes ne se terminent comme ne se terminent l’orge et le blé. Le jour de l’Aïd, nous mangerons de la viande et des pâtes, jusqu’à avoir des pommettes rouges et saillantes).

Légende Algérienne – Les maudits de Guelma

Ce n’est pas sans raison qu’on a appelé ce lieu « Hammam-el-Meskoutine », le bain des maudits ; car il a été témoin d’un grand crime et d’un terrible châtiment.
Il y avait autrefois sur ce terrain brûlant, où des habitants de l’enfer pourraient seuls vivres aujourd’hui, une tribu nombreuse et puissante. Parmi les guerriers d’élite dont elle avait le droit de se glorifier, on remarquait Sidi-Arzaq, le meilleur de ses cavaliers, le plus brave de ses combattants et le plus riche de tous les Arabes de la province.
Heureux si à ces dons, à ces avantages, il avait joint la crainte du seigneur, les respects de la loi, sans lesquels valeurs, esprit, science et richesse ne sont rien !
Mais Sidi-Arzaq était soupçonné fortement de ne pas faire les cinq prières légales quotidiennes. On assurait même que pendant le jeûne sacré du ramadan, il n’attendait pas le coucher du soleil pour prendre de la nourriture.
Peut-être ne lui attribue-t-on toutes ces abominations que parce que plus tard il est devenu un grand criminel !
Dieu sait la vérité !Quoi qu’il en soit, Sidi-Arzaq avait une sœur, Yamenah,dont la beauté était célèbre dans tout le pays. Les cheikhs les plus puissants l’avaient demandée pour épouse, offrant de riches dots en bestiaux et argent.
Jamais son frère n’avait consenti à la donner. Chacun s’étonnait de ce refus continuel, lorsqu’on apprit que Sidi-Arzaq était éperdument épris de sa sœur, et que même il songeait à l’épouser.
Les vrais musulmans refusaient de croire à une semblable profanation, et lorsqu’ils ne purent plus en douter, ils s’en affligèrent profondément
On espérait que le crime ne pourrait se consommer, parce qu’on ne supposait pas qu’il se trouvât un Cadi assez ignorant ou assez perverti pour consacrer une aussi monstrueuse union.
Mais, puissance du rang et de la fortune! Sidi-Arzaq, à force de présents et d’opportunités, rencontra le juge prévaricateur qu’il lui fallait ; il eut aussi des témoins, et le mariage se fit à la place où nous sommes.
Les autres habitants de la tribu éloignèrent aussitôt leurs tentes pour ne pas autoriser le crime de leur présence. Au bout de quelques jours, comme on ne voyait paraître ni Sidi-Arzaq, ni le Cadhi, ni les témoins, des curieux se hasardèrent à venir dans l’endroit où on les avait laissés.
Quelles furent leur surprise et leur épouvante en apercevant, au milieu des mariés, du Cadhi et des gens de la noce, ces cônes blancs qui n’existaient pas auparavant !
On ne douta point que les auteurs de l’inceste et leurs complices eussent été changés en pierres, ce fait fut confirmé depuis par les oulèmah, qui reconnurent, malgré leur transformation, tous les acteurs de la scène coupable.

Conte Algérien – Le roi tisserand

Dans les temps anciens, il y avait un puissant sultan du nom de Haroun El-Rachid. Il était le calife de Baghdâd. Ce monarque avait une femme de grande intelligence et de bon conseil. Un jour, elle insista auprès de lui : « Monseigneur, le pouvoir est capricieux et la vie pleine de surprises ! Apprends un métier manuel. Les mains, on les emporte toujours avec soi. Un jour ou l’autre l’apprentissage d’un métier révèlera son utilité ! ».

Le Calife accepta et choisit l’art du tissage et de la broderie. Il fit venir un grand maître tisserand-brodeur et commença son apprentissage. Plus que le tissage des tapis, il affectionnait la broderie au fil d’or. Par amour du cheval, il inclinait au travail minutieux sur le cuir destiné aux selleries. Mais son érudition le poussait à la calligraphie pour orner les couvertures des manuscrits. Durant sept longues années, il partagea son temps entre ses responsabilités et sa nouvelle passion pour la broderie fine.

Mais Haroun El-Rachid était réputé pour son sens aigu de la justice et du bien public. Accompagné de son vizir, il avait l’habitude de se déguiser en simple marchand et de se glisser au milieu de la foule pour s’enquérir de la vie de ses sujets. Un soir, pour une raison inconnue, il s’en fut seul à travers de sombres ruelles. Il marchait quand, soudain, il tomba au fond d’un trou. C’était un piège préparé par des bandits détrousseurs qui devinrent furieux de le trouver sans bourse et les poches vides. Il n’eut la vie sauve qu’en leur faisant une juteuse promesse: « Je suis tisserand et jamais vous ne trouverez une personne qui sache tisser et broder mieux que moi ».

C’est ainsi qu’il se retrouva esclave parmi les esclaves. De l’aube au crépuscule, il tissait des tapis et exécutait de magnifiques broderies que le maître revendait à prix d’or.

Tandis que sa police le recherchait inlassablement dans tout le royaume, le roi mûrissait un projet pour recouvrer sa liberté. Il attendait patiemment le moment propice car l’infinie cupidité de son geôlier était un atout. Un jour, alors que ce dernier lui exprimait sa satisfaction en soupesant les pièces d’or dans ses mains, le calife lui proposa : « Apporte-moi une étoffe en velours noir et du fil d’or de belle facture ! Je te façonnerai une somptueuse broderie, jamais vue de mémoire de commerçant. L’épouse du Calife t’en donnera une fortune ». Aussitôt, on fit remettre à l’esclave le tissu et une bobine de fil d’or. Il ne fallait pas perdre un instant. Le roi tisserand, maître de son art, tissa à l’aiguille une broderie en relief représentant un oiseau posé sur un délicat épi de blé. Un véritable chef d’œuvre !

Le maître des esclaves se précipita au palais avec sa précieuse étoffe sous le bras. Il demanda audience et fut reçu. Il déroula la magnifique pièce devant la sultane qui poussa un murmure de ravissement : « Ho ! Cela ferait un somptueux vêtement de cérémonie ! ».

Mais à l’observation, un détail attira son attention. En effet, l’épi de blé sur lequel l’oiseau était posé demeurait bien droit. Or le poids de l’oiseau aurait dû le faire pencher. Intriguée, elle regarda de plus près. Elle sentit soudain son cœur bondir dans sa poitrine. Elle venait de reconnaître la dextérité de l’aiguille de son mari. Ne laissant rien paraître de son émotion, elle poursuivit attentivement l’observation des motifs. Méthodiquement. Jusqu’à y déceler le message secret calligraphié qu’elle avait pressenti. Le roi indiquait l’endroit précis où il était détenu. Sur le champ, elle fit arrêter le maître des esclaves et fit libérer le sultan.

C’est depuis cette époque que l’ont dit : « L’apprentissage d’un métier révèle toujours un jour ou l’autre son utilité ! »

Conte Algérien – L’astucieuse fille du paysan

Pour se trouver un vizir, un grand sultan posa une énigme à ses sujets : 
– C’est un arbre qui possède douze branches ; chacune des branches comporte trente feuilles et chacune des feuilles renferme cinq graines ! Sera mon vizir celui qui, dès demain, me rapportera la réponse. Il arrivera au palais nu et habillé à la fois ; transporté et marchant à la fois.

Parmi les hommes se trouvait un paysan ambitieux. Il courut consulter sa fille qu’il savait intelligente. Sans hésiter, elle lui dévoila la solution: 
– Père ! L’arbre représente l’année, les branches les douze mois, les feuilles les trente jours. Quant aux graines, elles sont les cinq prières quotidiennes qu’effectue le musulman. 
– Mais comment être nu et habillé à la fois ? Comment me déplacer à pied tout en étant transporté ? 
– C’est simple. Demain, très tôt tu t’habilleras du seul vêtement que je vais te confectionner à partir d’un filet de pêcheur. Tu seras donc à la fois habillé et nu. Ensuite, tu n’auras qu’à monter sur notre jeune baudet. Comme tu as de longues jambes, elles toucheront le sol. Tu seras donc à pieds et à dos d’âne.

À l’aube, le paysan triompha et le sultan qui apprécia son intelligence, en fit son vizir. Ainsi, le nouveau vizir gouverna grâce à l’aide discrète de sa fille. Mais, avec le temps, le sultan qui était un homme d’esprit eut un doute à son sujet. Un jour, il l’interrogea : 
– Voilà un moment que je t’observe. Tes solutions, bien qu’efficaces ne me semblent pas être le fruit d’une intelligence masculine. Éclaire-moi par la vérité et tu seras pardonné. Si je découvre que tu m’as menti, je te ferai couper la tête.

Le vizir, confus, avoua : 
– Sire ! Je vous demande pardon. C’est ma fille unique qui me conseille.

Le monarque, qui n’avait pas trouvé la femme de ses rêves, lui pardonna et lui demanda la main de sa fille. Cette dernière accepta. Mais le sultan exigea d’elle de ne jamais intervenir dans les affaires du royaume sans y être invitée. Elle en fit serment. Le temps s’écoula dans l’harmonie et le respect des convenances, jusqu’au jour où un verdict injuste rendu par le sultan suscita le courroux de la jeune femme. Un pauvre paysan se trouva dépossédé de son ânon par un riche marchand qui prétendait que cet ânon était né de sa mule. Or, le sultan avait donné raison au marchand bien que chacun sut que les mules sont stériles.

Le paysan débouté, l’air attristé, quittait le palais, quand la sultane l’interpella, de sa fenêtre : 
– Hé ! Homme de bien ! Approche, je vais t’aider à récupérer ton animal.

Intrigué, le paysan écouta attentivement le conseil qu’elle lui souffla, et le sourire aux lèvres, il s’en retourna dans la salle d’audience et demanda la parole : 
– Sire, j’ai oublié de vous signaler un autre étrange phénomène dont j’ai été témoin. 
– Lequel ? Parle vite ! 
– Un banc de poisson paissait dans le champ du marchand ! 
– Des poissons qui paissent ? Tu te moques de moi ? 
– Ô grand sultan ! Pourquoi ne pas admettre que tout peut arriver à l’époque où les mules mettent bas ?

Le sultan admit son erreur et fit restituer son bien au paysan. Non sans exiger de lui une explication : 
– Dis-moi ! Pourquoi t’es-tu ravisé ? De qui tiens-tu ces répliques astucieuses ? 
– D’une aimable femme du palais à sa fenêtre, Sire.

Le sultan, furieux, se précipita auprès de son épouse : 
– Tu as rompu le pacte. Tu es intervenue dans les affaires du royaume sans que je te le demande. Emporte tout ce à quoi tu tiens et quitte ce palais dès demain matin.

La jeune femme accepta sans broncher la décision souveraine. Pour leur dernier dîner, discrètement, elle versa une poudre soporifique dans le café du sultan. Dès qu’il sombra dans un sommeil profond, elle l’enferma dans un coffre et l’emporta avec elle. Le lendemain, lorsque le sultan ouvrit les yeux, il fulmina : 
– Que fais-tu encore à mes côtés ? Ne t’ai-je pas ordonné de t’en aller ? Mais, où suis-je ? 
Elle répondit d’une voix tendre : 
– Monseigneur ! Je suis partie. Et tu as bien précisé que je pouvais emporter avec moi tout ce à quoi je tenais, n’est-ce pas ? Et comme tu es mon bien le plus précieux, c’est toi que j’ai emporté !

Le sultan, désarmé, ne put retenir un sourire affectueux. Il dit alors avec douceur : 
– Mon épouse ! Je dois admettre que tu es vraiment subtile et sage. Je te décharge désormais de ton serment car tes conseils me sont les plus précieux. Retournons chez nous à présent !

Mon histoire a suivi le cours de la rivière et moi je suis restée avec les seigneurs !

Conte Algérien – TALYAQUT ou La Perle rare

par Atanane Aït oulahyane

Il était une fois, tout là- bas, entre les montagnes de l’Atlas et l’immense Sahara, une ravissante oasis appelée le royaume de Tafaska, c’est à dire le « don de Dieu », car il y faisait tellement bon vivre dans les villages et les sept cités, où les habitants étaient comblés de richesses et de paix.

Amuqran, un roi bienveillant mais très âgé régnait depuis très longtemps déjà sur ce petit royaume de verdure, perdu dans les sables et l’aridité qui l’environnaient. Rien ne lui faisait tant plaisir que le bonheur de sa famille et de ses sujets, aussi croyait – il toujours leur faire du bien en les honorant de cadeaux fastueux, en érigeant des temples et des monuments splendides, pour être estimé des siens, étendre sa renommée bien au delà de ses frontières et ainsi rivaliser de faste et de grandeur avec les pays voisins, qui étaient bien plus grands et plus puissants que le sien. Jamais il ne lésinait sur les dépenses et si ce n’était la reine, une femme douée de sagesse et de bonté, le petit royaume aurait été ruiné depuis bien longtemps, endetté et annexé par ses voisins qui le convoitaient .

Un beau jour, profitant d’une promenade en compagnie de son fils Amray, il lui confia en contemplant des oiseaux construire leur nid :

_ Amray, te voilà devenu un homme, maintenant, et je suis las du pouvoir et très âgé. Bientôt je partirai rejoindre nos ancêtres et tu es appelé à me succéder. Je sais que tu es valeureux, intelligent et que tu seras un grand roi. Mais il me manque, pour savourer mes derniers jours, de voir mes petits enfants ; ainsi je considère qu’il est temps pour toi de te marier. Qu’en penses- tu ? »

Le jeune homme, qui vénérait son père plus que tout et avait horreur de le contrarier lui répondit tout simplement :
_ Père, qu’il en soit fait selon ton désir. »

Le roi, réjoui de l’obéissance de son fils convoqua le soir même ses plus proches conseillers et il leur parla ainsi :
_ Voilà, comme il est d’usage chez nous, un roi qui accède au trône doit être marié. Désirant préparer ma succession dans la sérénité je veux marier Amray mon héritier au printemps prochain. Je vous charge donc d’une mission spéciale, vous qui connaissez si bien notre pays et nos voisins, de lui trouver la jeune fille la plus sublime qui soit. Veuillez donc vous mettre à la recherche de cette Perle rare dès maintenant, c’est un ordre ! »

Et aussitôt ses serviteurs partirent partout dans le royaume de Tafaska et bien au- delà, en quête d’une fiancée pour Amray. Au bout d’un mois d’investigations chaque responsable de région revint au palais avec les plus belles filles qui soient dignes d’un grand prince. En tout elles étaient quarante, toutes désireuses de gagner les faveurs du jeune homme, aussi le choix de l’élue s’avéra fort difficile, car elles étaient très belles. Une journée entière fut consacrée à cette sélection. On fit attendre les belles dans une cour ombragée attenante à la salle de réception et un chambellan, sur un geste de la main du roi devait les faire entrer les unes après les autres.

_ Mon fils, celles que tu auras choisies, tu leur donneras l’un des dix foulards rouges ; aux autres tu donneras les foulards bleus, pour qu’on puisse les récompenser de leur venue et les consoler de ne pas avoir été choisies. »

Malgré les protestations de la reine qui trouvait cette façon de procéder ridicule, humiliante pour les filles et bien étrange, il en fut ainsi : sur un geste du roi, confortablement assis sur un trône surélevé, entouré de ses proches et de ses conseillers, le chambellan appelait les jeunes filles que l’on faisait entrer dans leurs plus beaux atours, elles marchaient avec grâce, en souriant devant l’assemblée qui les regardait et on entendait des « oh ! » et des « ah ! » remplis d’admiration. Puis l’on observait le prince qui prenait un foulard dans une corbeille comme son père lui avait dit de faire, le mettait sur les épaules de la jeune fille choisie, qu’une servante accompagnait ensuite soit vers la porte de droite, soit vers celle de gauche, selon la couleur qu’elle obtenait.

Cette cérémonie se poursuivit ainsi jusqu’à la fin de l’après midi ; alors il y eut une fête, un grand repas où tous les convives étaient réunis autour des tables garnies de mets les plus succulents ; en attendant les résultats ils conversaient des qualités et des défauts des candidates, pendant que les musiciens et les danseurs animaient la soirée. Autour d’une table isolée le vieux roi était assis sur des coussins moelleux, fort amusé par l’originalité de l’événement et impatient comme un enfant de connaître l’issue de la sélection. Il était entouré de sa femme qui ne semblait pas du tout convaincue par ce procédé, de son fils qui avait l’air de s’ennuyer et de quelques uns de ses plus proches ministres.

_ Oh ! Amray ! Elles sont plus ravissantes et plus parfaites les unes que les autres, et je dois reconnaître que tu as bon goût ! Il te sera bien difficile de n’en choisir qu’une seule, comme le veut la tradition ! »

_ Comme si une épouse ne peut se réduire qu’à son apparence physique ! Mon pauvre ami, on ne choisit pas la femme de sa vie comme on achèterait un beau meuble ou un joli vêtement ! Je dois te dire que tu ne fais pas preuve de beaucoup de sagesse… » Lui fit remarquer sa femme.

_ Mais moi je te dis que la future épouse d’un prince doit être la plus belle femme du royaume, une merveille de perfection qui ferait chavirer les cœurs et rendre jaloux les autres monarques ! Et puis c’est moi le roi et je ne désire que le meilleur pour mon fils. »

Pendant qu’ils se chamaillaient le prince avait remarqué dans la salle bondée une servante qui s’affairait à servir les invités et tout en prêtant une oreille distraite à la conversation de ses parents il ne la quittait pas des yeux. Cette fille à l’apparence humble n’avait rien pour plaire, elle ne portait pas le moindre bijou ni de vêtements fastueux, pourtant il émanait d’elle un charme étrange, une ombre de mystère qu’accentuaient ses manières modestes et discrètes, comme si elle fut étrangère en ce lieu ; elle s’effaçait dans cette assemblée où tout un chacun essayait de se montrer sous son meilleur aspect, jouant le rôle qui était le sien. Et c’était justement son extrême insignifiance qui la distinguait de tout cet apparat clinquant où l’on rivalisait de beauté, de faste et d’esprit. Elle baissait la tête, toujours silencieuse, elle se tenait derrière les convives pour remplir un verre, reprendre une carafe vide, furtive et affairée comme une fourmi, elle s’éclipsait un moment puis revenait portant une corbeille de pain par ci, un plateau de fruits par là, remettait une chaise déplacée à sa place, débarrassait une table des reliefs d’un repas, invisible mais attentionnée à tout ce qui se passait.

_ Je trouve que vous avez raison, tous les deux, la beauté, certes, a de la valeur, mais que serait- elle sans l’esprit et l’intelligence ? La beauté n’est que l’écrin mais la sagesse est la pierre précieuse qu’il contient. Si l’on ne juge que sur l’apparence de l’être on en oublie la quintessence. » Se permit de faire remarquer Akuk, l’anechad du roi, son bouffon et aède à la fois.

_ C’est bien beau ce que tu dis là, Akuk, mais comment faire pour juger de ces jeunes filles en si peu de temps ? Une soirée n’est pas suffisante pour les éprouver. » Dit le roi excédé à son impertinent bouffon. Mais ce dernier avait son idée.

_ En effet, on ne connaît la valeur d’une personne qu’à sa façon de réagir face aux épreuves de la vie. Comme nous n’avons pas le temps de sonder leur tempérament, je vous propose un jeu d’esprit, qui sera un divertissement supplémentaire. Je soumettrai des énigmes à nos belles et celle qui aura élucidé le plus grand nombre de mystères gagnera les faveurs de notre prince. Qu’en pensez – vous ? »

Le roi fut étonné par cette proposition, tandis que le prince qui s’ennuyait se ranima tout à coup et sembla vivement intéressé.

_C’est une excellente idée, Akuk ! Comme elles sont si belles les unes que les autres, éprouvons leur sagacité ! Je t’accorde la permission de procéder de la sorte. Ainsi je dirai mon dernier mot et je ferai plaisir à mes parents. ! »

On convoqua alors les superbes demoiselles, que l’on invita à s’asseoir sur des divans au milieu de l’assemblée. Akuk le sage se présenta devant elles et leur parla ainsi : « Mes demoiselles, vous êtes assurément de cette oasis les plus belles et aucune ne peut dépasser l’autre en merveille ! Il est impossible de vous départager, car vous êtes toutes des reines de beauté ; aussi je vous propose dix énigmes, celle d’entre vous qui en résoudra le maximum aura gagné ! qu’en pensez- vous ? »

Les jeunes filles se regardèrent les unes les autres, fort surprises, car aucune d’elles ne s’attendait à cette curieuse épreuve. De toutes façons aucune ne pouvait refuser, sinon elle aurait été éliminée, et surtout aucune d’elles ne voulait paraître manquer d’intelligence. De plus, le roi était tout frétillant de plaisir, la reine les défiait du regard et le jeune prince semblait laisser Akuk désormais maître de la cérémonie.

_ Si vous ne dites rien cela signifie que vous êtes prêtes ! Alors je commence et je convie toute l’assistance à participer aussi en silence, car il y aura un prix pour le gagnant ! Voici donc la première devinette :

« Je me dénude quand vient l’hiver, le vent alors hurle mes misères, aux beaux jours je m’habille de vert, et les oiseaux m’offrent leurs plus beaux airs ! Qui suis- je ? »

Il y eut comme un brouhaha de déception parmi les convives, tant la réponse était facile et cela réconforta les candidates qui semblaient avoir trouvé la réponse si évidente. A l’aide d’un sablier le bouffon mesura le temps nécessaire pour répondre, puis il passa parmi les jeunes filles avec un t et une tablette pour noter les points obtenues par chacune d’elles. Quand elles chuchotèrent toutes leurs réponses à son oreille, afin de n’être entendues par personne d’autre que lui, il consulta un moment les résultats et parut fort satisfait :

_ Bien ! C’est très bien ! Neuf candidates sur dix ont trouvé la bonne réponse ! » Et il y eut un rire dans le public, puis Akuk imperturbable déclara :
Attendez donc s’il vous plaît jusqu’à la fin, alors peut- être vous rirez moins ! Je continue ; voici la deuxième énigme :

« Plus je dévore et plus j’ai faim, avec le vent je cours sans fin, et de noir je trace mon chemin… Qui suis- je ? »

On entendit alors un « oh ! » de surprise et certains semblaient avoir déjà trouvé la réponse, tandis que la plupart demeuraient perplexes, même le roi qui commença à trouver le jeu un peu difficile. La reine, quant à elle, restait calme et souriait et regardait les jeunes filles qui paraissaient cette fois – ci déroutées. Le bouffon attendit que le sable s’écoulât, puis il passa recueillir les réponses parmi les belles.

_ Oh ! S’exclama t -il. Seulement quatre de nos filles ont trouvé la bonne réponse ! Allons, il ne faut pas perdre espoir et continuons. Voici la troisième question :

« Lorsque j’apparais il se retire, et quand il s’éveille je peux partir, son vêtement est d’or, son baiser ardent, mon sourire est froid et ma robe est d’argent… Qui sommes nous ? »

Cette fois- ci les sourires réapparurent sur les visages. Même les prétendantes au trône eurent l’air réjouies et reprirent espoir. Le juge- bouffon consulta son sablier puis récolta les réponses :
Aha ! S’exclama t- il en regardant sa tablette. Ca progresse, ça progresse ! Ne nous arrêtons pas en si bon chemin ! Continuons ! »

« Quand je suis plein alors je chante, quand je suis creux je me lamente, sans moi tu ne peux rien faire, et tu ne vis que pour me satisfaire ! Qui suis- je ? »

Cette fois – ci le public parut encore amusé, il y eut des rires car la réponse semblait facile et drôle pour beaucoup. Les princesses de beauté, plus ou moins souriantes, donnèrent leurs réponses et le jeu se poursuivit. Ameray, quoique attentif aux questions du bouffon royal, jetait de temps en temps un regard sur la domestique qui écoutait les énigmes, toute aussi attentive que les autres personnes ; elle se tenait à côté de ses autres collègues serviteurs, car le chambellan leur avait donné la permission de cesser leurs tâches, sur ordre de la reine, pour participer comme tous au jeu. Akuk reprit ses questions :

« J’aime porter plusieurs habits, on pleure quand on m’apprécie et mon odeur déplaît aussi. Qui suis- je ? »

Visiblement, de nombreuse candidates trouvèrent la solution, elles semblaient contentes de souffler leurs réponses au juge qui souriait de plaisir. Leur joie fut de courte durée, car après avoir comptabilisé leurs points le maître du jeu déclara :

_Bien ! La première partie du jeu s’est bien déroulée et nos princesses s’en sortent plutôt bien. Nous allons maintenant commencer la deuxième manche, un peu plus difficile… Alors soyez tous plus attentifs. Voici la sixième énigme :

« Libre, je cours par monts et par vaux, sans couleur et sans odeur de peau, dure comme la pierre quand j’ai froid aux os, et je m’envole si haut quand j’ai très chaud ! Qui suis- je ? »

A ce stade les choses se corsèrent un peu et l’atmosphère devint plus sérieuse. Plus personne ne jubilait, on suivait la procédure du juge qui commençait à avoir une attitude plus sévère. On attendit la septième énigme qu’on écouta dans le plus grand silence :

« Je revis lorsqu’on m’enterre, car je donne ma vie pour mes frères, et chaque été je reviens, riche et fier ! Qui suis – je ? »

Le même manège du juge reprit ; les jeunes filles semblaient de plus en plus désemparées. Même le roi paraissait renfrogné et on eût dit qu’il était dépassé par la difficulté de la question. La reine restait impassible et Ameray contemplait la servante qui était absorbée par le jeu. Mais à un moment leurs regards se rencontrèrent un court instant et ils furent comme subjugués l’un par l’autre. Ils durent se ressaisir lorsque Akuk interrompit le silence qui régnait dans la salle :

« Impalpable et léger je suis. Sans pieds ni tête je m’enfuis ; je ne me repose ni le jour ni la nuit, et j’emporte tout, sans faire de bruit… Qui suis- je ? »

L’attention était à son comble ; personne ne semblait élucider ce nouveau mystère mais chacun essayait de trouver seul la réponse malgré la difficulté ; même la reine n’avait pas le droit de souffler mot à son auguste époux fort ennuyé par ce jeu de plus en plus compliqué. Le bouffon du roi, mi- sérieux, mi- amusé, nota les réponses des filles puis continua :

« Quand on me donne je guéris les vieilles blessures, j’efface toutes les larmes, j’apaise les cœurs durs, j’étouffe les feux mal éteints qui perdurent, j’apporte la lumière dans les âmes obscures, j’enterre le passé et j’ouvre le futur… Qui suis- je ? »

Parmi l’assistance ce fut le summum de la perplexité ; les pauvres candidates étaient effarées sur leurs sièges, elles avaient perdu de leur superbe du début. Le monarque se tassait sur ses coussins royaux, se grattant la barbe nerveusement, n’ayant pas l’habitude d’être éprouvé au- delà de ses capacités. Le jeune prince quant à lui souriait béatement, il semblait rêvasser, comme à son habitude il regardait dans le vide, mais en fait il contemplait la jeune servante qui ne le quittait plus du regard, désormais. Une merveilleuse connivence était née dans leurs deux cœurs et malgré leur différence de rang il y avait un sentiment d’amour sublime qui les unissait et que personne ne remarquait, tant l’attention de toutes les personnes présentes était concentrée sur le bouffon – sage, qui levait déjà la main pour délivrer sa dernière énigme:

_ Nous voici donc arrivés au terme de notre jeu, alors écoutez bien cette question :

« Plus tu me donnes, plus je t’enrichis et jamais je ne t’appauvris. Qui suis- je ? »

Tous attendirent patiemment que le sablier s’écoulât deux fois et c’est avec soulagement qu’ils accueillirent la fin de l’épreuve. Ils attendirent que Akuk procédât à l’annonce des résultats, car il était en train de compter les points obtenues par les jeunes filles, qui semblaient avoir perdu toutes illusions. Après un moment d’attente il releva son regard vers l’assistance et déclara :

_ Une seule de nos charmantes candidates a trouvé quatre bonnes réponses ; quatre ont eu trois réponses exactes sur dix, quatre n’ont élucidé que deux énigmes et l’une des jeunes filles n’a pas daigné participer à ce jeu car elle n’a marqué aucun point ! Mais ce n’est plus à moi de conclure cette séance divertissante, mais à notre charmant prince qui est le véritable maître du jeu ! »

Le prince se mit debout et après un moment d’hésitation il parla si doucement que tous étaient obligés d’écouter attentivement son discours :

_ Mon cher Akuk, je te félicite pour ton jeu si subtil et si divertissant ; malgré la difficulté de quelques unes de tes questions je suis certain que tous ici ont passé comme moi un agréable moment. Je tiens à féliciter nos candidates si courageuses et il faut l’avouer, peu d’entre nous auraient fait mieux qu’elles. Comme j’ai l’honneur de présider cette cérémonie, j’aimerai dire un secret merveilleux que la nature m’a appris : ce sont parfois les fleurs les plus anodines, celles qui sont dénuées de charme et de couleurs vives qui exhalent les parfums les plus suaves ; les pierres précieuses également, l’or, les rubis et les diamants, ne se trouvent t -ils pas dans la boue, au creux de la terre et dans les remous des torrents ? A plus forte raison l’être humain recèle aux tréfonds de son âme ce qu’il a de plus beau en lui : la bonté, la patience, le courage, la sagesse, la liberté de l’esprit et la force du pardon, l’espérance et l’amour surtout sont des qualités précieuses, invisibles à l’œil nu, des trésors inestimables et impérissables que l’on ne peut ni acheter, ni imiter, ni déguiser sous des vêtements d’apparat, hériter avec la couronne d’un roi ou trouver dans les pans des robes immaculées des prêtres. Seules la providence, les épreuves de la vie et l’attention de parents vertueux peuvent nous prodiguer ces richesses toutes intérieures… Tout ceci vous le saviez, mais je tenais à l’exprimer avant de clore ce jeu. Maintenant, y a t- il parmi vous des personnes qui ont trouvé cinq bonnes réponses ? »

Beaucoup de personnes levèrent la main et Akuk les consulta secrètement ; puis Ameray demanda à ceux qui avaient six bonnes réponses de se manifester à leur tour. Le bouffon du roi vérifia leurs dires et parmi eux il y avait le roi, assez satisfait de son score. A partir de sept réponses trouvées il y eut beaucoup moins de personnes à se déclarer. La reine s’était manifestée à son tour avec les rares personnes qui avaient trouvé huit solutions ; il y avait avec elle un simple soldat, deux domestiques et un conseiller du roi. Quand Akuk hocha la tête, signifiant qu’ils avaient raison, ils furent très applaudis par le public. Le prince observait toujours la jeune servante, qui n’avait fait signe à aucun moment. Cela l’intriguait et il se demandait si elle n’avait pas du tout participé au jeu. Puis, quand les applaudissements cessèrent, il continua :

_ J’espère avoir trouvé neuf bonnes réponses aux dix énigmes ; que ceux qui pensent avoir trouvé autant que moi se déclarent aussi ! »

Et parmi la centaine de personnes présentes au salon seules quatre se présentèrent devant Akuk pour lui chuchoter leurs résultats, et le prince fit comme elles. Un ministre fut éliminé par le juge qui considéra qu’il avait deux erreurs. Ils furent également très applaudis et le roi se leva personnellement pour les féliciter ; il serra fièrement son fils contre lui ; on estima alors que la cérémonie était finie, les convives commençaient à se congratuler et à s’agiter, impatients de connaître les solutions des énigmes et surtout la décision finale du prince. Ce dernier frappa énergiquement dans ses mains pour rappeler tout le monde à l’ordre puis il dit :

_ Je réclame le silence absolu, s’il vous plaît, car nous voici parvenus à la fin du jeu. Quelqu’un parmi vous estime t – il connaître toutes les réponses aux énigmes ? »

Pour détendre l’atmosphère Akuk leva la main et s’écria : « Moi ! Moi ! » Et le public se mit à rire. Alors on entendit une petite voix timide dire :

_ Mon prince, j’espère connaître les réponses aux dix questions, si vous permettez que je participe. »

Toute l’assistance fut saisie d’étonnement, on cessa de rire et on se pencha pour regarder cette jeune fille frêle, la seule qui prétendait connaître toutes les solutions. Le jeune prince stupéfié resta interdit et ce fut la reine qui répondit à sa place :

_ Bien sûr que tu as le droit de parler, ma fille, si tu estimes connaître toutes les réponses. Approche- toi, n’aie pas peur et à toi l’honneur de conclure. »

La jeune fille avança, toute hésitante, puis d’une voix distincte elle énonça les réponses les unes après les autres :

_ Pour la première énigme, nous savons tous que c’est l’arbre qui se dénude l’hiver ; la réponse à la deuxième question , c’est le feu qui consume tout sur son passage, poussé par le vent, réduisant tout derrière lui en cendres et en charbon. Bien – sûr, ce sont le Soleil et la Lune qui parcourent le ciel sans jamais se rencontrer ; pour la quatrième énigme il s’agit de l’estomac et nous connaissons tous la nécessité de manger et la tyrannie de la faim. La cinquième énigme, mon bon prince, concerne l’oignon ; la sixième la réponse est l’eau car rien ne l’arrête quand elle coule, elle devient glace quand il fait froid et s’évapore quand il fait très chaud. Pour la septième énigme il ne peut s’agir que de la graine : lorsqu’elle est semée elle reprend vie, donnant naissance à un épi de blé doré plein de nouvelles graines. La huitième réponse c’est le temps, car il est impalpable, sans début ni fin, jamais il ne s’arrête et en effet il emporte tout dans son cours silencieux. Pour l’avant dernière énigme il ne peut s’agir que du pardon ; en effet lui seul apaise les cœurs amers et efface les rancœurs, les disputes cessent, on oublie l’offense subie et on peut alors renouer de nouveaux liens. Pour finir, il n’y a qu’une seule chose que l’on peut donner sans compter et qui nous grandit, c’est l’amour : plus on en donne plus nous sommes heureux, épanouis et aimés en retour… »

Toute l’assistance était sidérée par la justesse des réponses de cette modeste domestique et l’on trouvait que ses paroles tombaient sous le sens, tellement évidentes et vraies, on la regardait avec admiration en attendant que le bouffon- juge donnât son verdict final. Elle voulut regagner sa place, se dissimuler parmi les convives et les domestiques mais Ameray la retint auprès de lui .

_ S’il te plaît, reste ici auprès de moi ! Akuk, à toi de parler ! » Le bouffon était aussi ébahi que les autres et pour exprimer son admiration il dit à la jeune fille :

_ Mademoiselle, je vous félicite pour votre perspicacité et votre sagesse. C’est bien la première fois que quelqu’un réussit à résoudre toutes mes énigmes ! »

Il y eut alors des applaudissements, des bravos et cette fois- ci ce fut la reine qui s’était levée pour l’embrasser et la serrer contre elle pour lui témoigner toute sa sympathie et son estime. Et tout en la tenant dans ses bras elle dit à son fils, qui semblait aux anges :

_ Ameray, je crois que tu as trouvé la Perle précieuse, celle qui se cache dans sa modeste coquille. Je vous ai observés durant toute la soirée et je sais que vous vous aimez… On ne peut pas cacher ces choses à une femme, surtout à une maman… »

Puis elle se retourna vers son mari qui ne disait mot, dépassé par les événements :
_ Alors, qu’en pensez- vous, cher ami ? »
_ Heu… » Balbutia- il « S’ils sont heureux et consentants tous les deux, je ne peux que les bénir et leur souhaiter tout le bonheur du monde. »

Et il y eut une salve d’applaudissements, des vivats et la fête reprit de plus belle. Même les jeunes filles candidates au mariage avec le prince félicitèrent la princesse élue, l’embrassèrent et lui firent leurs vœux de bonheur. Seul Akuk marmonnait encore des énigmes, mais plus personne ne voulait l’écouter.

La jeune servante et le jeune prince se marièrent au printemps suivant, comme convenu ; ils eurent de beaux enfants si sages et si doux qui comblèrent de joie le vieux roi et la reine et la vie reprit son cours paisible au royaume des oasis, où la rocaille et les sables sont le refuge des amours les plus exquises.

Conte Algérien – Aicha et le Roi Magicien

Il était une fois un bûcheron qui vivait pauvrement dans une vieille cabane avec sa femme et ses sept filles. Tous les matins on le voyait se rendre à la forêt voisine pour y coupait du bois qu’il revendait au marché : c’était son seul gagne pain et la vie était dure en ces temps là.

Le bûcheron se faisait vieux et le bois à couper manquait dans la forêt : il n’y avait plus que de très grands arbres difficile à abattre ou une vieille souche que le pauvre homme utilisait souvent comme siège, pour se reposer de son rude labeur.

Un jour, le bûcheron n’ayant pas trouvé de quoi faire un petit fagot, eut l’idée de s’attaquer à la souche. Avec sa cognée, à petits coups, il essayer de détacher quelques bûches de l’écorce dure de ce reste d’arbre desséché. Il voulait prendre juste de quoi faire un petit tas à vendre pour acheter du pain à ses filles. Han ! Han ! Han ! faisait le vieux bûcheron en abattant sa cognée. Toc ! Toc ! Toc ! faisait la cognée contre le vieux tronc qui résistait.

C’est alors que la souche s’ouvrit comme une porte. Un nuage de fumée en sortit et prit aussitôt une forme humaine, en disant :

-« Je suis Sror, le serviteur du roi Ben Ouard, aux mille pouvoirs magiques… Que veux-tu, bûcheron ? « 

A la vue du terrible afrit, le vieil homme jeta sa hache et se prosterna en se cachant la tête :

-« Je suis un pauvre bûcheron, pitié ! … Je cherche un peu de bois à vendre. »

-« J’ai compris, dit Sror… Voici un panier magique, il te donnera de quoi nourrir ta famille. Ne reviens plus nous déranger ! « 

Sans chercher à comprendre, le bûcheron ramassa le panier et quitta les lieux. Revenu à la maison, à l’heure des repas, il présenta à sa famille, le petit panier magique :

-« O, panier, donne nous à manger ! « 

Aussitôt, des mets délicieux garnirent la table, au grand bonheur des sept filles qui se régalèrent à satiété. Depuis, le vieux bûcheron se reposait et le miraculeux panier donnait à manger à la maisonnée.

Un jour, la voisine qui avait remarqué les changements chez le bûcheron, demanda à Aicha, la plus jeune des filles, restée seule à la maison pour veiller sur le petit trésor familial :

-« Aicha, ma fille, j’ai besoin de bois, est-ce que ton père peu m’en vendre un peu ? »

Aicha se mit à rire :

« Mon père ne va plus couper le bois dans la forêt . »

-« Et de quoi allez-vous vivre, ma pauvre fille, si ton père ne va plus couper le bois ? »

-« Nous avons panier magique, expliqua Aicha. »

-« Un panier magique !  » s’exclama la voisine, surprise.

– » Oui, c’est cela, un panier magique qui nous donne tout ce que nous voulons manger à chaque repas. Il suffit de le poser sur la table et de lui dire : « panier, je veux des gâteaux ! » et aussitôt le panier se remplit de délicieuse pâtisseries. »

-« Ah ! soupira la voisine, vous avez bien de la chance, au revoir Aicha. »

-« Au revoir khalti (ma tante) », répondit poliment Aicha.

Depuis cet instant, la voisine ne cessa de penser au panier magique et à la façon de le voler.

Un jour, profitant de l’absence des parents, elle alla retrouver Aicha et lui proposa :

-« Aicha, veux-tu, s’il te plait, me prêter le panier juste un moment, pour faire des commissions; je te le rapporterai avant le retour de tes parents. »

-« Bien sûr, khalti, voici le panier, lui dit Aicha qui avait toujours vu sa mère échanger des objets avec les voisines, en disant : ‘On ne refuse jamais un ustensile à quelqu’un qui en a besoin ».

Au bout d’un moment, la voisine revint avec un faux panier qui ressemblait en tout au panier magique. Aicha le remit à sa place.

A l’heure du repas, la mère alla chercher le panier et lui fit les commandes pour le dîner :

-« Panier, lui dit-elle, je veux un poulet rôti, je veux aussi une bonne chorba, ajouta-t-elle et du pain frais ! »

Mais le panier resta vide. On le retourna, on le secoua, on le supplia, on le frappa à coups de bâton… rien ne vint le remplir comme d’habitude.

-« Oh ! mon dieu ! Le panier n’est plus magique, s’écria la mère. »

–  « Que dis-tu là, femme ? C’est un malheur ! Je suis obligé de retourner couper du bois dans la forêt, se lamenta le père. »

Le lendemain, le bûcheron, la corde sur le dos et la cognée à la main, se rendit à la forêt. Il se dirigea vers la vielle souche et se mit à cogner contre le tronc de bois. Il cogna si fort que Sror sortit en criant :

-« Que veux-tu encore, bûcheron, ne vois-tu pas que tu nous déranges ? « 

-« Le panier n’est plus magique ! pleurnicha le vieil homme. Il refuse de me donner à manger. C’est pourquoi je suis revenu couper du bois comme d’habitude. »

-« Voici alors un moulin, il te suffit de tourner la meule et tu auras de la semoule. »

Mais la voisine qui guettait le retour du vieux bûcheron, comprit qu’il avait un autre objet magique. Elle utilisa la même ruse et s’empara du moulin.

Lorsque le vieux bûcheron alla frapper de sa cognée sur la souche, Sror le reconnut et lui dit :

-« Voici une table qui te permettra d’avoir à manger jusqu’à la fin de tes jours, mais ce soir à la tombée de la nuit, quand un mendiant se présentera à ta porte, tu chargeras Aicha de lui faire l’aumône. »

-« Merci, merci beaucoup… ! »

Le soir, alors que toute la famille était autour de la table magique, un mendiant demanda la sadaka :

-Donnez-moi la part de dieu, s’il vous plait. »

-« Aicha, va donner au mendiant ce qu’il demande ! » ordonna le père à sa fille.

Aicha obéit mais dès qu’elle ouvrit la porte, elle fut emportée par un tourbillon qui la déposa dans un immense palais silencieux ; émerveillée par le luxe et la beauté des lieux, elle oublia ce qui venait de lui arriver.

On installa Aicha dans une chambre princière. On l’habilla de soie et d’or. La jeune fille vécut plusieurs mois dans ce luxe sans ce soucier de rien. Mais la vie de château commençait à lui pesait et l’ennui emplit son petit cœur. Elle devenait triste et on n’entendait plus ses rires qui emplissaient le château. Elle avait envie de revoir sa famille.

Sror inquiet de la tristesse de Aicha, le communiqua à son maître :

-« Aicha veut aller voir ses sœurs, la cause de ses malheurs. » (Habet tchouf akhouetha sebayeb hiretha)

-« Qu’elle y aille, ordonna le maître des lieux. »  

Sror exécuta les ordres du maître et Aicha endormie fut transportée par enchantement dans la chaumière de ses parents. Elle fut accueillie par ses sœurs qui la jalousaient pour tout ce qu’elle portait. L’une lui suggéra de demander une robe qui se met à danser au son de la musique. Sa sœur aînée lui posa la terrible question :

–  « Connais-tu le propriétaire du château où tu habites ? » 

-« Je ne l’ai jamais vu, avoua Aicha, Tous les soirs, j’entends un grosse voix qui donne le même ordre ; Sror etfi  el mssabeh ou khali el khayel izour,  (Sror éteint les lumières et laisse l’ombre rôder) et aussitôt, toutes les lumières s’éteignent et le château plonge dans l’obscurité et le silence. »

-« C’est simple, lui dit sa sœur, ce soir tu garderas cachée, une bougie. Quand tout le château s’endort, éclairée par la lumière de la bougie, tu visiteras les lieux jusqu’à ce que tu rencontres le mystérieux châtelain. »

Revenue au château, Aicha fit toutes ses commandes à Sror ; elle eut ses robes et même la bougie.

Le soir venu, comme le lui avait conseillé sa grande sœur, Aicha visita le château dans ses moindres recoins jusqu’au moment où elle découvrit un homme d’une grande beauté, dormant profondément dans un lit royal.

Aicha s’approcha du dormeur et s’aperçut que la chemise déboutonnée laissait voir un escalier au niveau de la poitrine. Poussée par la curiosité, elle décida d’en descendre les marches qui la menèrent dans une ville où de nombreux artisans travaillaient sans relâche.

-« Pour qui est ce diadème, demanda-t-elle au bijoutier ? »  

-« C’est pour Aicha, la fille du bûcheron, si elle veut bien patienter. »

-« Pour qui est cette belle gandoura de velours brodée d’or, demanda Aicha au tailleur ? »  

-« C’est pour Aicha, la fille du bûcheron, si elle veut bien patienter. »

-« Pour qui sont ses chaussures de soie incrustées de pierres précieuses, demanda Aicha au savetier ? »

-« C’est pour Aicha, la fille du bûcheron, si elle veut bien patienter. »

Aicha fit le tour de toutes les échoppes et reçut de la part de chaque artisan la même réponse. Comme la bougie menaçait de s’éteindre, Aicha remonta les escalier rapidement.

Mais au moment de sortir, une goûte de cire chaude tomba sur la joue du beau prince qui se réveilla en sursaut et fit un geste qui déporta Aicha sur les terres de Ghilana.

Aicha se retrouva seule, dans un pays inconnu. Égarée, fatiguée, Aicha se mit à la recherche d’un abri. Elle vit au loin, un château : C’était celui de Ghilana, l’ogresse qui vivait là, avec ses sept filles.

Sror qui veillait sur la sécurité de Aicha, selon les désirs de son maître, Sard Ben Ouard, la précéda chez la terrible reine des ogres pour obtenir d’elle de ne jamais lui faire de mal.

Tenue par le pacte, Ghilana et ses sept filles ne firent aucun mal à Aicha mais la mirent face à des épreuves insurmontables. 

-« Nous sommes invitées dit Ghilana à Aicha, … A notre retour, il faut que le château soit laver avec tes larmes ! »

– » Ce sera fait, répondit Aicha, docilement ! « 

Aicha se mit à pleurer Elle pleura des heures durant mais ne recueillit que quelques larmes au fond d’un verre C’est alors que, sur l’ordre de Sror, des milliers d’oiseaux remplissent de leurs larmes, d’immenses bassins qui servirent à laver le château. A son retour Ghilana reconnut l’aide de Sror et de son maître et dut inventer une autre ruse.

-« Nous sortons ! Tu garderas le château et je t’interdis de toucher à cette « hoket ezzahou » (boite à joie), ordonna la terrible reine des ogres. »

-« Je n’y toucherais pas, promit Aicha ! »

Mais dès que Aicha se retrouva seule, elle eut tellement envie de connaitre le secret de la boite qu’elle en oublia la terrible punition qu’elle risquait d’avoir. Elle ouvrit la boite et aussitôt, des milliers de musiciens, jongleurs, danseurs et autres troubadours en sortirent et se dispersèrent dans les quatre coins du château, chacun jouant son numéro, emplissant le château d’un charivari assourdissant.

Aicha essaya en vain, de faire rentrer dans la boite à joie quelques bateleurs à portée de sa main. Impuissante devant cette multitude, assourdie par le bruit, Aicha se cacha. Mais avant le retour de Ghilana, une voix lui dit de prononcer une formule magique : « Dam farh Ali  Bel Ghoul  » (la fête de Ali bel Ghoul se termine ! )

-« Dam farh Ali  Bel Ghoul, répéta-t-elle. »

Aussitôt, la boite magique s’ouvrit et avala tout en un clin d’œil. Ghilana reconnut encore une fois, a puissance de Sror et de son maître ; elle pensa alors à une chose plus simple.

Le soir venu, Ghilana et ses filles donnèrent une bougie à Aicha en lui ordonnant de les éclairer pendant qu’elles se mettaient le henné. Elle obéit et tenant la bougie qui se consumait, elle regardait faire les ogresses qui prenaient tout leur temps pour s’appliquer le henné sur les mains. La scène dura longtemps. Gagnée par la fatigue, Aicha ferma les yeux en pensant à Ali bel ghoul. Elle manqua de vigilance. Une goûte de cire la brûla. Surprise, elle laissa tomber la bougie, en disant : 

-« Que soit brûlé Ali Bel Ghoul ! (kiya fi Ali Bel Ghoul).

Ghilana et ses filles se ruèrent sur Aicha au moment-même où celle-ci fut transportée par un souffle puissant jusqu’au château de Ali Bel Ghoul, soltane el jnoun.

Là, une grande fête fut organisée pour célébrer son mariage avec Ali Bel Ghoul, le puissant roi aux pouvoirs magiques, appelé aussi Sard ben Ouard.

Ses parents et tous les voisins étaient là pour la féliciter et lui souhaiter beaucoup de bonheur. Pour neutraliser la jalousie de ses sœurs, Sror fut chargé de combler tous leur désirs et même la voisine ne fut pas oubliée